Le mythe de madame Michu

Je suis tombé récemment sur un article de Florent intitulé Quelques clichés à propos de l’utilisateur final / personas / Madame Michu. En parcourant son article, mon esprit divaguant, je me suis trouvé d’humeur trolleuse et lui ai répondu « Il serait aussi bon de rappeler que l’existence même de Madame Michu est à remettre en cause ».

Passé le simple esprit de contradiction je vais donc essayer d’expliquer pourquoi je suis plutôt d’accord avec moi-même.

Qui serait donc Madame Michu ?

Wikipédia à la rescousse :

L’homme de la rue est un terme servant à désigner une hypothétique personne de profil moyen représentant la société dans laquelle elle vit Madame Michu : du sexe opposé à l’homme de la rue, elle se rencontre plutôt au foyer que dans la rue.

Donc Madame Michu serait une personne représentative de l’ensemble des « ménagère de moins de 50 ans », chères à TF1.

Le web, un média « classique » ?

On utiliserait alors ce profil type très utilisé dans le marketing télévisuel depuis des dizaines d’années, pour parler des utilisateurs d’application web.

Soit.

On compare donc un profil type créé pour un média « passif », distributeur de temps de cerveau disponible, aux profils type dont on aurait besoin pour construire des applications web, qui nécessitent par définition un utilisateur actif – acteur de son usage d’internet, dans des contextes de plus en plus hétérogènes (mobilité, multitasking…)

Soit.

Enfin déjà là, même si Madame Michu à semble-t-il un intérêt pour beaucoup de gens, quand on parle de web, ça me parait moins évident.

Ça c’est pour la partie troll. Ce qui me gêne vraiment dans l’utilisation de cette expression, c’est la suite.

L’illusion du profil type

Construire une application web en pensant à Madame Michu c’est déjà mieux qu’en pensant à son porte monnaie ou à celui du payeur, mais c’est aussi passer à côté d’une chose essentielle : Madame Michu n’est pas l’utilisatrice de tous les services que l’on peut créer.

Et puis le cas échéant, les comportements et attente de Madame Michu, utilisatrice de toutes les applications du monde, ne changeraient-elles pas un peu selon son contexte d’utilisation (lieu, entourage…), son état d’esprit du moment, son besoin immédiat ?Pour qu’un profil utilisateur puisse servir à l’amélioration de l’application il doit être suffisamment détaillé pour nous apprendre tout ce qui est pertinent vis à vis de l’application concernée (relation à la marque, connaissances, contextes, scénarios…). On est bien loin de

Madame Michu, représentante de toute la société. On utilise alors les personas, des fiches d’identités complètes représentant les utilisateurs finaux du projet en cours (j’aurais probablement quelques trucs à vous dire sur le sujet prochainement ;)).

L’illusion de l’utilisateur niais

À ce stade je suis donc partiellement d’accord avec moi-même, dans le sens ou la notion de Madame Michu n’est pas utile lorsque l’on parle de web.

Mais en plus de ne pas servir à la construction d’applications, cette notion induit à mes yeux quelque chose oscillant entre snobisme et mépris.

Parler de Madame Michu quand on parle de web, c’est induire l’image de quelqu’un incapable d’utiliser un mulot, naviguant avec IE6 et 12 barres d’outils publicitaires et qui prendra au bas mots 12 fois plus de temps que vous pour effectuer une action.

Pas de débat, des gens sont dans cette situation. Mais notre responsabilité c’est de faire en sorte qu’il ne le soit plus, pas de les stigmatiser via une expression, je le répète, galvaudée par les vendeurs de temps de cerveau disponible.

Le manque d’éducation au numérique et au web est un fait, grave pour le futur de notre société, mais ce n’est pas en considérant l’ensemble des citoyens lambdas comme des attardés du numérique que l’on fera changer les choses.

Chacun à ses propres problèmes – liès à son manque de connaissance et à son individualité, et ce n’est qu’en définissant réellement ces problématiques et en y apportant des solutions pragmatiques que l’on définira un grand nombre de Madame Michu utile à l’amélioration de nos applications.

Pour conclure, en accord avec moi-même, je modifierais légèrement mon assertion à l’encontre du titre de Florent, je ne sais pas si Madame Michu existe ou non, mais ce qui est sûr c’est qu’il faut arrêter de l’invoquer à tout bout de champ et plutôt s’intéresser vraiment à elles (avec un s ;)).